Un mot encore peu connu, souvent absent du langage courant, alors même qu’il désigne une réalité profondément bouleversante : celle de devenir mère sans enfant vivant dans les bras.
Un mot pour nommer un lien qui ne s’efface pas.
Malgré l’absence.
Malgré le silence social qui entoure encore trop souvent le deuil périnatal.
Victoire et Pauline sont mamanges.
Elles ont chacune porté un bébé, choisi un prénom, imaginé une vie.
Paul et Hélène ont existé.
Leur histoire s’est arrêtée trop tôt, mais leur place demeure entière.
À travers leurs récits, ces deux mères mettent des mots sur l’indicible : l’annonce, l’attente, l’accouchement, la rencontre, puis l’après. Deux parcours singuliers, traversés par une même expérience : aimer un enfant et apprendre à vivre avec son absence.

Une grossesse attendue, une évidence heureuse
Pour l’une comme pour l’autre, la grossesse s’inscrivait dans une joie simple et confiante.
Les projets, les rendez-vous médicaux, le choix du prénom.
Paul devait naître au printemps.
Hélène, en septembre.
Rien ne laissait présager le drame.
« Chaque rendez-vous d’échographie était un plaisir », raconte Pauline.
« J’étais tellement heureuse… en septembre je serai maman d’une petite fille », se souvient Victoire.
Puis tout bascule lors d’un examen de routine.
Une inquiétude.
Un silence.
Un mot prononcé : une malformation grave, incompatible avec la vie.
L’annonce et la décision
Les diagnostics sont confirmés par des équipes spécialisées.
Dans le service de diagnostic anténatal du CHU Estaing de Clermont-Ferrand pour Paul.
Chez une cardiologue pour Hélène.
Très vite, une réalité s’impose : il va falloir décider.
« La possibilité de l’IMG nous a tout de suite été présentée », explique Pauline.
« Il a fallu faire un terrible choix », confie Victoire.
Dans les deux récits, cette décision n’est jamais présentée comme un choix de confort, mais comme un acte parental, posé par amour et par protection.
« Je ne me sentais pas capable de garder mon bébé en moi sachant qu’elle ne survivrait pas. »

Le temps suspendu
Entre l’annonce et l’accouchement, il y a l’attente.
Sept jours pour Pauline.
Cinq jours pour Victoire.
Des jours hors du temps, où le corps continue de porter la vie, alors que la fin est déjà connue.
« Ces jours ont été très durs, mais nécessaires pour prendre le temps de lui dire au revoir. »
« Je la sentais bouger et vivre en moi… ces journées nous ont confirmé qu’Hélène était notre bébé. »
Un temps rarement raconté, pourtant essentiel.
Accoucher, malgré tout
Toutes deux accouchent.
Toutes deux rencontrent leur bébé.
L’accouchement, tant redouté au départ, devient un moment fondateur.
« Le mettre au monde m’a donné une force que je n’aurais jamais imaginée. »
Pour Victoire aussi, ce jour restera à jamais gravé :
« Le pire jour de notre vie et celui où nous allions rencontrer notre trésor. »
Elles parlent de la douceur et de la bienveillance des équipes soignantes.
Elles parlent surtout de cette première et dernière rencontre, empreinte de tristesse, mais aussi d’un amour immense.
Après : rentrer sans bébé
Le retour à la maison est une épreuve immense.
« Nous sommes rentrés chez nous sans bébé dans les bras, mais avec le cœur si lourd. »
« Il a fallu ranger cette chambre qui ne lui servirait pas. »
La vie semble continuer, alors que, pour elles, tout s’est arrêté.

Nommer, reconnaître, enterrer
Paul et Hélène ont un prénom.
Une place.
Une existence reconnue.
Les deux familles ont organisé des obsèques selon leurs besoins du moment.
Les bébés figurent sur le livret de famille.
Ils sont des enfants à part entière.
Le regard des autres et le silence
Les deux mères évoquent la difficulté des mots — ou de leur absence.
« On nous a dit : “vous êtes jeunes, vous en ferez d’autres”. »
Des phrases qui blessent, parce qu’elles effacent l’enfant perdu.
« Est-ce qu’on dirait cela à des parents qui viennent de perdre un enfant en bas âge ? »
« Mon compagnon a été et est très précieux, notre lien s’est d’autant plus renforcé depuis cette épreuve et notre fils nous unit encore plus fort qu’avant. »
Briser le tabou
Toutes deux expriment le même souhait :
que le deuil périnatal ne soit plus passé sous silence.
« Ces bébés ont existé. Notre douleur est légitime. »
Elles rappellent aussi l’importance du soutien : équipes médicales, psychologues, groupes de parole.
« Ce que j’ai compris, c’est qu’il est primordial de se sentir soutenue. »
Continuer, avec eux
Paul et Hélène ne sont pas oubliés.
Ils sont présents, autrement.
« Nous parlons d’elle tous les jours. Elle est avec nous, elle est en nous. »
« C’est terriblement difficile, mais nous continuons notre vie pour elle. »
Conclusion
Le deuil périnatal est un sujet immense, complexe, encore trop peu abordé. Il resterait tant de choses à dire : sur le corps des femmes, sur le temps du deuil, sur la place des pères, sur le regard de la société, sur l’après, parfois des années plus tard.
Ces récits ne prétendent pas tout dire.
Mais ils ouvrent une porte.
Ils rendent visible une réalité trop souvent tue.
Je remercie profondément Victoire et Pauline pour la confiance qu’elles m’ont accordée en partageant leur histoire, en nommant Paul et Hélène, et en acceptant de mettre des mots sur une expérience intime et bouleversante. Leur témoignage est précieux, nécessaire.

À mon échelle, j’ai souhaité contribuer à briser le silence autour du deuil périnatal. C’est dans cette intention qu’est né Le Café des Mamanges, créé avec l’aide d’une thérapeute spécialisée dans le deuil : un espace de parole sécurisant et respectueux, où chacune peut déposer son vécu, être écoutée sans jugement, et se sentir moins seule sur ce chemin si singulier.
Parce que nommer, écouter et partager n’effacent pas la douleur, mais permettent parfois de la traverser un peu moins isolée.
IMG : Interruption Médicale de Grossesse
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